2courtade

Il se propage par le biais de DVD, de livres, de conférences ou d'articles publiés sur internet une étrange histoire concernant Périllos par le biais des registres du notaire Courtade de Quillan. (Liste non exhaustive de références en bas de page).

Il serait mentionné dans un registre de 1624 ou de 1632 du notaire royal Courtade de Quillan, une parcelle de terre des puissants seigneurs de Périllos contenant une sépulture royale. Cette parcelle serait intouchable, non cessible, non transmissible, ne pourrait être morcelée, etc...
Les versions peuvent varier pour nous convaincre du caractère sacré de cette parcelle (****). On ne pourrait y chasser, lever une pierre, ramasser du bois, etc... Et elle doit rester inviolée jusqu'à la fin des temps (ce qui fait quand même long à tenir quand on connait l'homme, mais normal si c'était un conte !).
Des importuns eurent connaissance des registres et n'y trouvèrent aucune trace de la dite parcelle, ni même la moindre mention de Périllos. Ainsi, naquit la légendaire "devenue page manquante" qui aurait été fort opportunément arrachée avant que ces yeux imprévus ne se posent sur ces registres. (*) et (****)

Le notaire Royal de Quillan nommé Courtade aurait été chargé de dresser l'inventaire du secteur roussillonais lors de la confirmation définitive de la récupération de ces terres par les Gléon-Durban lors de l'annexion du Roussillon par la France en 1659. (Ref 1 p. 209, Ref 2 dans "les actualités : 4 05 2004, la société Périllos passe sur France culture", et très récemment Ref 4, Ref 5, etc...)

Se pose alors deux questions :

1) Comment la légendaire "devenue page manquante" parlant de cette parcelle, pouvait-elle se trouver dans un registre du-dit Courtade en date de 1624 ou 1632 (*) ?

2) Pourquoi aller chercher un notaire royal à Quillan, alors qu'à Durban se trouvait le notaire royal Anthoine Rocque. En page 137 du bulletin de la SESA (Société d'études Scientifiques de l'Aude) de 1928, que vous pouvez consulter sur le site "Gallica" de la bibliothèque nationale de France, le docteur Paul Courrent nous livre un acte de ce notaire, en date du 07 novembre 1630. Il y avait donc bien une étude notariale à Durban où officiait d'ailleurs en 1659 Pierre Mialhe (AD de l'Aude et des P.O.). Et certainement de nombreuses autres avant d'arriver à Quillan qui se trouve à 70 Km de là.

Comme 1632 est avant 1659 et qu'il ne peut en être autrement, une explication fut tentée (ref 2) dans le premier paragraphe de l'article non signé "Le document Courtade" : le recensement fût fait en 1659 en utilisant les écrits de 1624 ou 1632 du notaire de Quillan. Pourquoi alors, un notaire français (qu'il soit de Quillan ou de Durban) aurait-il dans ses registres français des terres relevant encore de l'Espagne et surtout du droit espagnol (Aragonnais)?

Toujours dans le même site (ref 2) dans l'article "Le registre Courtade et ses inconnus" nous trouvons une autre tentative d' explication pour "légitimiser" l'antériorité de l'écrit (**). Nous ignorons les sources de l'auteur qui ne sont pas indiquées, ce qui est toujours dommage. Dans le chapitre "Les éléments..." nous découvrons que soudainement en 1624 ou 1632, "exclusivement sur ordre royal", " pour les autorités du temps", qui sont donc Louis XIII et Richelieu, ceux-ci auraient eut l'inspiration subite des termes du traité de 1659 et auraient décidé de mettre en place des registres pour prévenir les difficultés d'un éventuel recensement de propriétés. Comme ils sont attentionnés et prévoyants ! " la mise en place de registres de propriétés bien trop mouvantes à ces moments fiévreux et agités qui ne manqueraient pas le moment venu de former un terrain fertile aux difficultés de recensements de biens qui se préparent pour le traité de 1659..." En réalité, nous sommes en pleine "guerre de trente ans" depuis 1618, impliquant de nombreux pays européens, et les autorités du temps, justement, essayèrent jusqu'en 1635 de se tenir à l'écart des combats. Mais cette année là, commença la guerre franco-espagnole qui devait perdurer au-delà de la guerre de trente ans. Comment donc Louis XIII et Richelieu auraient pu prévoir que Louis XIV et Mazarin sortiraient grands vainqueurs de cette véritable guerre européenne dans laquelle ils n'étaient pas encore engagés concrètement ? En aucune façon, le traité de 1659 ne pouvait "se préparer" pour Louis XIII en 1632 et encore moins en 1624 comme il est dit maintenant. Mais en plus d'être loufoque, cette nouvelle théorie ne résoud rien. Même en admettant cette royale divination, soit les terres sont françaises et le resteront (on ne voit pas bien l'intéret d'un recensement particulier), mais pendant 27 ans (devenu 35 ans) elles continueront à changer de main et le travail n'aura servi à rien, soit elles deviendront espagnoles et là, s'il n'y a toujours aucun intéret, ce sera au moins fair play de leur donner un travail tout fait malgré des changements là aussi à apporter. Soit elles sont espagnoles, ce qui représenterait un intéret (quoiqu'un peu prématuré), mais comment alors sont elles recensées?

Ensuite vient une tentative pour officialiser la raison d'être du notaire Courtade sur ce secteur qui n'est pas le sien. Une autre étude est citée dans le chapître "les dossiers". Il aurait été "en poste de notaire du secteur biterrois à Ligardes et... Quillan" plus des "petites annexes dont Perpignan" où il aurait officié. Or Ligardes est dans le Gers, ce qui fait bien loin de Béziers et de Quillan. S'il y eut bien un notaire Bernard Courtade (site : généanet), dont nous ignorons les années d'activité, ce ne peut être qu'un homonyme. Perpignan, bien avant 1624 ou 1632, et ce jusqu'en 1642 est une place forte aragonnaise, enfermée dans ses remparts, armée contre toute intrusion française. Comment un notaire français pourrait-il y avoir une annexe et y exercer tranquillement son droit français ? Tout ceci, de toute façon, à part nous fournir des données pour le moins "bizarres", ne fait que reporter le problème. Pourquoi des annexes dans ce secteur fort éloigné de chez lui (76 Kms), alors que d'autres notaires royaux sont sur le secteur. Ce sont tout de même des notables qui n'ont pas besoin de chercher plus de travail sur des secteurs éloignés, alors qu'il y a déjà ce qu'il faut sur place.

Nous le voyons bien, toute tentative d'explication pour ce recensement de 1659 basé sur un écrit de 1632 ou pire 1624, et pour imposer que le notaire soit de Quillan, montre la difficulté de pouvoir fournir des explications plausibles et justifiables. Pourtant si cette histoire de recensement revient si souvent avec diverses explications plus ou moins heureuses (**), c'est qu'il y a une bonne raison. Pour cela avançons dans le récit.

Le recensement pour la couronne de France implique qu'elles appartenaient toujours en 1659 aux seigneurs de Perillos, ce qui attesterait la présence des seigneurs de Périllos sur ces terres jusqu'à une date la plus tardive possible, ainsi que s'y efforce le récit anachronique du tombeau (non) secret et (non) caché de (pas à) Périllos de Ramon de Perellos y Roccaful (traité dans ce blog). Mais dans le même temps, au fil des lectures, on y découvre que les terres de Périllos auraient été vendues plusieurs fois dès le milieu des années 1400 et seraient passées par plusieurs mains avant d'arriver peu après dans celles de la famille de Gléon-Durban. (Ref 1 p 208)

Ici, l'Histoire rejoint l'histoire. Dans le même bulletin de la SESA de 1928 le Docteur Paul Courrent, en page 159, nous dit que le château de Périllos était entré dans la famille de Gléon-Durban depuis 1482. Il tire sa source des Notices historiques sur le comté du Roussillon. Le Docteur Courrent, très admiratif de ces deux familles de Gléon et de Durban, "très anciennes et très puissantes" insiste t-il, porte un grand intérêt aux généalogies de nombreuses familles du Languedoc.

Mais si les terres sont vendues, ceci est totalement contradictoire avec la base même du soi-disant texte Courtade. Base qui lui donne toute sa force et raison d'être.
Il faudrait préciser : les terres de Périllos sont vendues, sauf la parcelle.
Dans la réalité, force est de constater qu'aujourd'hui, aucune parcelle de Périllos ne semble rester "inviolable". Et donc, si une parcelle avait pu se rajouter, ce ne pouvait être qu'en 1659 si elle était encore espagnole (***) (mais peut être romaine ou néolithique encore plus anciennement), ou à la Révolution, où ni l'un ni l'autre n'auraient respecté les termes. Mais guère en 1624 ou 1632.

Sur quel acte notarié, alors, aurait pu apparaitre cette terre en 1632 (*) ? Sur strictement aucun puisque tel en est le libellé ! Sur acte notarié n'apparaissent que les parcelles bâties ou non bâties concernées, aujourd'hui comme hier, et pour un testament, une vente, un échange, un fermage etc.... Et pour les "confronter" comme cela se faisait dans le temps pour situer les parcelles, ce qui aurait pu être une explication, ils donnaient le nom des propriétaires voisins (terre sans nom au pire), de ruisseau, n'importe quel repère géographique mais pas une description aussi alambiquée d'un terrain, dont un notaire n'a rien à faire.

Il n'est jamais fait la moindre référence de qui ou de quand pouvait venir telle demande.

Si l'on ne doit pas chasser sur un terrain, ni y ramasser du bois, etc... cela doit être connu pour être respecté, et non caché au fond d'un registre où il n'a rien à y faire.

Un recensement de terre ne relève en rien d'un registre de notaire, ni même d'un notaire, qu'il soit de Durban ou de Quillan. Cela relève d'un compoix. Des services administratifs de la commune, quelle que soit l'époque. Au pire ce serait 100 fois plus simple et rapide de faire défiler la population comme pour un compoix, ou recenser leurs bien les uns après les autres en allant chez eux, que de remonter, trier et classer sur des années de registres d'un notaire parmi les mariages, quittances et autres, surtout qu'il n'est pas du secteur et pire, sachant que des actes concernés sont chez Anthoine Rocque. Pourquoi s'embarquer dans cette histoire de recensement et s'y accrocher. Il y a une raison simple, expliquer le recensement, même de façon aberrante qui n'apparait pas forcement si l'on n'y prête attention, donne un côté logique au fait que le texte se trouve dans un registre de notaire où il ne peut pas être. Cela nous fait oublier qu'il ne peut être dans aucun acte notarié. Et il suffit d'oublier Anthoine Rocque.

Nous pensons sincèrement que cette histoire peut entrer dans la catégorie : conte, ou rien n'est à expliquer, mais où des visions du futur prennent bien leur place, où des écrits se déplacent dans des registres, où des notaires officient pendant 74 ans (**), etc...


(*) Dans la revue "Arques, ouverture sur un secret" par André Douzet, 2005 vendue en boutique ou en ligne, page 56, seul le registre 1632 est mentionné et en ces termes : "nous retrouverons l'incroyable « rapport Courtade de 1632". Ce qui ne cadre plus avec les affirmations parues quelques années plus tard dans le site de la Société Périllos. Dans l'article intitulé ""Le registre Courtade" et ses inconnus" paru en 2009, il y est maintenant affirmé que ce serait dans les nouveaux volumes de 1624 retrouvés. "dont un des sous volumes contient le fameux passage..... dans laquelle on peut lire "un tombeau royal et sacré"". Ceci faisant suite à la survenue de la légendaire "devenue page manquante" qui ne s'expliquait guère. Comment une parcelle de Périllos, recensement ou pas, aurait-elle pu se trouver sur une page perdue au milieu d'actes de Quillan et environ, surtout sur demande expresse ! etc... La mémoire écrite de cette page manquante devient rare (****), mais elle reste dans la mémoire et les archives de bien des personnes, et ainsi est-elle devenue légendaire.

(**)Dans un article du site (ref 2) intitulé "l'énigme des Chefdebien" par André Douzet, dans le chapitre "du nom de Penmad à messire de Ponte intendant du Roussillon", l'auteur s'il nous confirme bien l'histoire du recollement, ne s'encombre alors d'aucune questions de dates, rendant encore plus impossible toute l'histoire. Voici notre notaire qui se retrouve ici rendre compte en lui donnant un double de son travail, à l'intendant du Roussillon messire de Ponte comte d'Albaret (donc après 1659) et en fait il n'aura son titre d'intendant qu'en 1698, (1718 pour le comte d'Albaret fils) (Ref 5). Et c'est ce même intendant qui lui donne facilité d'accés aux plan terriers, alors qu'il l'a déjà écrit en 1624 ou 1632. Nous ne sommes plus ici à un détail près de 35 ans en trop, mais de 66 ans. Quand à vouloir faire de Courtade le premier notaire à avoir travaillé sous son mandat, c'est ne pas y aller avec le dos de la cuiller. Même si Courtade n'a commencé à travailler qu'en 1624 (en fait au moins en 1604 voir notes), être encore à son étude en 1698 semble un peu long comme carrière de notaire, 74 ans (en fait 94) serait un record. Et il faudrait expliquer comment un notaire de Quillan dans l'Aude, Languedoc, aurait pu exercer son notariat sous l'autorité d'un intendant du Roussillon. Cet article semble ne servir qu'à créer un pont vers Rennes-le-Château à l'aide des noms des Chefdebien, et de Courtade. Nous sommes bien dans une mythologie qui se développe, peu importe la véracité historique des liens, seul compte de pouvoir relier les histoires entre elles, leur donner corps.

(***) Dans un article du site de la société Périllos, présentant le DVD de Tellus, film en vente en boutique ou en ligne, intitulé "Mythos heiliger Gral, Auf Spurensuche in Südfrankreich" Mit André Douzet, nous apprenons "ce pays, ayant de tout temps appartenu aux Seigneurs de Périllos". Il semble impossible de remonter plus haut que le XIIeme siècle en ce qui concerne du moins le nom de famille. Quant aux terres... Il est aussi précisé que tout interdit était aussi valable pour eux et la parcelle ne leur appartenait pas, dans l'article "Conférence du 22 mai 2004 à Paris" .

(****) Dans le documentaire "Du trésor au vertige" nous trouvons une variante assez unique. Le registre Courtade contiendrait à propos de cette parcelle une référence au nombre 666, et le tombeau serait capable de bouleverser le cours de l'histoire. Il ne serait donc pas judicieux d'ouvrir le tombeau... qui reviendrait à réveiller la bête... Il y est aussi dit que le récit serait en 4 ou 5 pages. Ce qui ne cadre plus du tout avec la "devenue page manquante" dont on trouve une attestation à cette adresse : http://www.societe-perillos.com/juillet08.html, Chapitre, "Contenu provisoire pour un musée ‘périllossien’"
"...dans le premier registre, se trouve la fameuse page attestant de la présence du « tombeau royal et sacré ». Cette page sera mise en valeur et présentée à part." Nous ne pouvons déterminer clairement s'il s'agit du 1624 ou du 1632 mais en tout cas dans un des deux et non dans l'inédit jamais divulgué concernant le communal d'Opoul et ses propriétés, et avec certitude, en une seule page.

                   Notes :

     §  Petite précision utile, tous les notaires à cette époque sont des notaires royaux. C'est le titre usuel. Juste après la révolution ils seront notaires publics. Aux archives départementales de l'Aude, se trouvent sous le nom de Courtade le registre de 1604/1605 et des fragments de 1646. Ils ne sont pas consultables car à restaurer. Dans la même période officient également à Quillan Crespin Vallon (registres de 1612 à 1629, 1630 et 1631 sont sous François Crespin Vallon), lui succède François Vallon (registres de 1631 à 1666, registre de 1666 qui aurait été apprécié !) et François Duboeuf dont il n'y a que le registre de 1631. Ce qui peut laisser planer un doute de remplacement de Courtade pour cette année là. Il y avait visiblement suffisament de travail pour au moins deux études notariées à Quillan, sur le seul secteur de Quillan, comme cela se trouve dans nombreuses autres bourgades.

   §§ Une ordonnance du mois de février 1700 régla qu'à partir du mois de mai suivant, les actes de notaires, d'écritures publiques.... se feraient uniquement en français. Voici ce que nous apprend l"Histoire du Roussillon" tome 2 de Dominique Marie Joseph Henry, 1835, page 522, à propos de l'implantation lente et difficile du français dans le Roussillon. 40 ans après l'annexion, le français n'était pas encore dans les moeurs des roussillonais, y compris pour leurs actes notariés, ce qui est cité en premier.

                    Bibliographie :

Ref 1 : La quête de Saunière de Rennes-le-Château à Périllos de André Douzet et Philip Coppens aux éditions Bussière 2008

ref 2 : http://www.societe-perillos.com/ Tous les articles cités sont encore publié ce jour 16 septembre 2011. Il en existe de nombreux autres traitant sur le sujet dans ce même site.

Ref 3 : http://www.youtube.com/watch?v=KXfn77v0DmI 

Ref 4 : http://www.dailymotion.com/video/xcmwij_la-maquette-testament-de-l-abbe-sau_webcam

Ref 5 : Histoire du Roussillon tome 2 de Dominique Marie Joseph Henry

Ref 6 : Bulletin de la SESA (Société d'études Scientifiques de l'Aude) de 1928

Ref 7 : "Du trésor au vertige" DVD, documentaire de Georges Combes, production Katana, 2003
http://www.portail-rennes-le-chateau.com/perillos.htm

http://edc.stardist.org/edc/php/rec_show_h.php?type=T&date=2010-04-01&base_dir=/edc/part/carton_jc/idfm&sub_dir=tleep&serveur=cjc&rec_dir=idFM/tleep&f_mp3=date

http://www.societe-perillos.com/juillet08.html

Archives départementales de l'Aude

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