Courrent perillos boulet chaine 2

Cet homme dévoué, grand érudit reconnu en divers domaines et dont les nombreux écrits sont une véritable mine d'or pour les amoureux du passé historique des Corbières et autres secteurs, ne pouvait qu'inéluctablement être introduit dans la mythologie de Périllos. Il est utilisé comme vecteur aussi direct qu'appuyé vers Rennes-le-Château tout en déportant l'histoire sur Périllos.

Voici en résumé l'histoire revue et corrigée du docteur J. Paul Courrent telle que vous pouvez la trouver par le biais de site ou de conférence diffusée sur internet.
Cet homme si connu pour Rennes les bains détenait le secret de Bérenger Saunière curé de Rennes-le-Château. Des documents furent volés au domicile de notre docteur, juste après son décès. Ils ne pouvaient que contenir des secrets sur Périllos puisqu'en lien avec Saunière. Curieusement il choisit d'aller passer sa retraite à Embres près de Périllos au lieu de rester à Rennes les Bains qu'il aimait tant. S'annonce aussi, accessoirement, ces mystérieuses familles chez qui se rendait Saunière à Durban (mais ceci est une autre histoire). Ayant soigné la typhoïde à Périllos il aurait eu des doutes sur sa propagation dont on n'aurait pas tenu compte.
Et apparaît fort opportunément la pièce maitresse : le manuscrit du docteur J. Paul Courrent sur la généalogie des seigneurs de Durban qui sert de preuve de l'intérêt qu'il montrait pour Périllos.

Cette histoire devient légende par l'amplification de certains faits anodins, par l'occultation surtout de ceux qui dérangent, quand ce ne sont de petits arrangements avec les dates.

D'abord cette légende doit bien asseoir son rapport avec Saunière en y revenant régulièrement plusieurs fois au cours des récits.

Que le docteur Courrent ait assisté l'abbé Saunière et l'abbé Boudet sur leurs fins, nous n'en savons rien. Nous dirons simplement pourquoi pas, il est docteur. Ce qui est certain c'est que cela ne semble l'avoir absolument pas perturbé ni détourné en rien de ses nombreuses activités parfaitement poursuivies de façon égale.
Le dossier Lobineau qui nous est rappelé pour ici le lier à Périllos, via Rennes-le-Château, n'est pas ce qui existe de mieux comme source d'authenticité. Il est impossible d'en déterminer même le moindre fond de vérité. Comme le docteur Courrent était connu et reconnu pour ses compétences, quoi de plus facile que de le citer pour le crédibiliser. Comme il était mort depuis des années, il n'allait pas dire le contraire.
La collusion avec Lobineau, Plantard, etc... qui allait avec une disparition d'éléments serait confirmé par R.R. Dagobert. L'hypothèse "pourquoi pas de Périllos" permet ici de déplacer le lieu de la légende. Pour tout ceci nous vous renvoyons à l'excellent étude faite à partir de documents originaux sur le site de Palairac.org. Nous en partageons entièrement la conclusion. Au lieu d'une confirmation nous voici devant ce qui se révèle être une histoire simplement arrangée par R.R. Dagobert pour défendre des intérêts qui lui étaient propres.

Nous le voyons, la partie concernant Rennes-le-Château n'est guère probante. De toute façon comme Saunière n'avait rien à voir avec Périllos comme nous l'avons démontré en plusieurs articles, nous n'insisterons pas plus sur l'aspect RLCéen. Mais il reste une petite question. Si le vol n'est guère prouvé, sur quelle base en déduire que ce qui aurait été volé concernait Périllos ? Nous retiendrons juste que nous sommes face à des conjonctures sans aucune preuve de véracité, au contraire, ce qui nous fait bel et bien entrer de plain-pied dans une construction légendaire en ce qui va concerner Périllos.

Voici maintenant le point important et base de cette légende si facile à vérifier. Sur internet nous trouvons « ...il écrit la généalogie de ses seigneurs en liaison avec Périllos... sans montrer un intérêt similaire pour Embres... ».
En lisant ne serait ce que le bulletin de la SESA de 1928 qui se trouve sur le site de Gallica, nous voyons qu'il n'en est absolument rien. Vous saurez tout du passé historique des différents seigneurs de Castelmaure, Fraissé, Embres, Villesèques, etc... grâce aux écrits du docteur Courrent. Le travail de fourmi effectué auprès de diverses archives pour arriver à ce bilan complet est absolument remarquable. Recherches dans lesquelles d'ailleurs il corrige d'anciens écrits erronés en s'appuyant sur les archives et parfois il les complète. Vous y trouverez aussi, ses recherches diverses sur le secteur.
Évidemment tenant compte de ce qui précède, cela met à mal la version affirmant (contant) un intérêt exclusif vers Durban, mais ceci est Réalité vérifiable.
Mieux, en feuilletant d'autres revues de la SESA (par exemple 1926 et 1927), l'intérêt du docteur Courrent pour l'histoire et la généalogie ne se cantonnait pas à ce seul secteur. Vous trouverez de très belles études sur Mirepoix, sur l'abbaye de Camon, sur les châteaux de Liran, Lagarde, Puivert, Chalabre, avec toujours soit les généalogies des seigneurs des lieux soit la liste de tous les abbés pour Camon. Chaque fois, il nous fournit beaucoup de données et de références.
Des visites de grottes, une traduction d'un texte latin concernant "l'incursion des espagnols dans les Corbières de 1495 à 1503".
Il contribue par ses rapports au classement de monuments historiques tels les châteaux d'Aguilar, de Quéribus, de Peyrepertuse et de Termes.
Il n'y a aucun doute, seule une légende peut occulter tout ce qui précède afin de nous convaincre que le seul intérêt du docteur Courrent fût pour Périllos via la généalogie des seigneurs de Durban.

Un autre point est facilement vérifiable à savoir qu'il ne s'intéresse pas du tout aux seigneurs ou terres de Périllos, mais comme le titre de son manuscrit l'indique bien à "la généalogie des Treilles-Durban-Gléon". Il n'est pas écrit "la généalogie des Treilles-Périllos-Durban-Gléon". Alors évidemment vous lirez quelquefois le nom de Périllos. Dés lors que les de Gléon ont acheté le titre, certains membres l'ont ajouté au leur. Voilà tout ce que vous trouverez dans le manuscrit ou dans ce qu'il a publié à la SESA ou ailleurs. Par contre vous saurez tout sur les généalogies des différents seigneurs languedociens, de leurs premiers actes connus jusqu'à l'époque du docteur Courrent, mariages avec ce qui en découle, filiation, etc... plus commentaires historiques. Vous trouverez bien comme il est dit le titre : vicomte de Périllos, et en fait de terre : l'achat du château de Périllos. N'en espérez pas beaucoup plus.

Un fait reste surprenant. J. Paul Courrent stipule bien l'achat du château de Périllos en 1482 par les Gléon. Pourtant, contre toute logique, nous retrouvons une fois de plus dans ce récit sur internet la récupération du titre et des archives de Périllos par les Durban en 1659 lors de l'annexion du Roussillon par la couronne de France.

Que le manuscrit concernant les seigneurs de Durban se soit retrouvé à Durban nous semble on ne peut plus logique. La lecture des bulletins de la SESA démontre que le Dr Courrent aimait donner aux archives, musées, personnes concernées, ses trouvailles. Une fois ce manuscrit de la généalogie Treilles-Gléon-Durban imprimé et apparemment complété, quoi de plus naturel que de le donner à quelqu'un de Durban.

Passons à la fièvre typhoïde au village de Périllos. C'était en 1895 suivant la SESA et non 1888 mais le fait est exact.
Le récit incite à imaginer des faits étranges. Voici la marque des légendes qui embellit les propos pour les rendre mystérieux et laisse la porte ouverte à toutes suppositions. Des notes du docteur dont nous n'avons aucune communication laisseraient entendre une propagation bizarre et des constatations repoussées par une commission départementale anonyme. Il serait allé à Périllos avec une curiosité médicale particulière.
Si nous nous reportons au portrait du docteur Courrent dans le même bulletin de la SESA de 1928, cette épidémie sur Périllos est racontée brièvement de la façon la plus naturelle qui soit. Il a soigné et imposé des mesures d'hygiènes strictes nous est-il dit et là est bien le problème avec la typhoïde, fléau des temps anciens et malheureusement encore d'actualité.
Nous n'avons aucune communication des notes avancées, mais s'il y en a eut, elles ne peuvent être que du type de celles que nous trouvons à foison sur Gallica en ce qui concerne la typhoïde en ces années là. Toutes émises par des docteurs, de tous les coins de France, villes ou villages. Il faut nous reporter à cette époque où la prolifération des bactéries n'étaient pas combattues préventivement comme aujourd'hui où cependant elles posent parfois les mêmes problèmes. D'où provenait la contamination (sol, eau, puits à proximité des fumiers, contact), comment se faisait la propagation, parfois étendue, parfois contenue, parfois virulente, parfois latente, etc... Seule certitude déjà en 1895 : il faut imposer des mesures d'hygiènes pour enrayer la propagation. Chaque docteur partage son expérience ou son incompréhension.
Alors des notes sur le propos ne seraient guère surprenantes et ne contiendraient pas plus d'interrogations que toutes celles que vous pouvez lire sur le site de Gallica sur ce sujet et sur des dizaines de lieux en France. Elles pourraient même contenir venant de ce docteur des demandes d'amélioration que devrait faire l'état. Ce sont par des notes comme celle hypothétique du Dr Courrent, que l'état sanitaire général a été amélioré. Et le docteur Courrent a lui même fait partie de commissions sanitaires après 1900 comme nous l'apprend le portrait du docteur Courrent dans le bulletin de la SESA de 1928..

Si vous trouvez que le docteur Courrent est allé loin pour soigner une épidémie à Périllos et qu'il montrait une curiosité médicale particulière, il faut savoir qu'en 1884 (âgé de 23 ans), pendant ses études de médecine à Montpellier il demande et obtient d'accompagner ses maîtres à Toulon pour une épidémie de choléra. Il aide dans les recherches bactériologiques autant qu'il soigne les Toulonnais malades. Il sera récompensé d'une médaille par le ministre de l'intérieur et une autre du conseil municipal de Toulon. Les épidémies étaient donc bien aussi son rayon. (SESA 1928)

Il reste un dernier point à aborder. Mais qu'allait-il faire dans cette galère ? Pardon à Embres, dont un chemin direct part vers Périllos nous rappelle opportunément la légende.
Dans une conférence télévisée diffusée sur internet nous entendons qu'il a vécut toute sa vie à Rennes les bains et ne jurait que par Rennes les bains pourtant il va ensuite se perdre à Embres. Dans l'article de la société Périllos nous apprenons qu'il est médecin à Tuchan dès l'après guerre alors que fait il à Embres, où il écrit sur Rennes les Bains des décennies après y avoir été.

Mettons donc les deux versions à l'épreuve car ni l'une ni l'autre ne sont exactes.
Voici ce que nous dit le bulletin de la SESA. Il obtient son diplôme en 1886 et s'installe aussitôt comme médecin de campagne à Tuchan. Après 35 ans de ce dur métier nous le retrouvons exerçant la médecine thermale dans la haute vallée de l'Aude à Usson les Bains, puis à Rennes les Bains. 

Mais au fait, que fait-il donc à Embres et Castelmaure ?
En plus d'être médecin, son autre passion était l'histoire qui l'a tenu toute sa vie. En plus d'étudier les eaux, cultiver sa vigne était encore une autre passion. Il crée la cave coopérative d'Embres et Castelmaure. Il était président, puis président d'honneur des viticulteurs d'Embres et Castelmaure et devint maire du village de 1919 à 1941. (SESA 1928)

Nous trouvons aussi le panégyrique magnifique du Docteur Courrent par Jean Girou. Nous vous conseillons sa lecture sur : http://www.connectotel.com/rennes/courrent.html
Il nous apprend le soin minutieux dont J. Paul Courrent entourait ses vignes, que le vin qu'il mettait lui même en bouteille figurait sur les cartes des grands hôtels. On ressent l'attachement du docteur Courrent pour ses terres.
En la lisant, on comprend que le docteur Courrent ne peut s'adapter à ces mythes et légendes de Périllos. 

En lisant son portrait dans le bulletin de la SESA, vous découvrirez la diversité de ses multiples activités, celle de ses écrits pour des bulletins scientifiques, historiques, des commissions, des sociétés, de divers départements de France, même une activité mutualiste et un intérêt pour les écoles où il donnait de son temps. Vous saurez tout des marques de reconnaissances qu'il a eut, comment il aimait partager ses connaissances, etc... Mais nulle part vous ne trouverez d'éléments prêtant au doute ou au mystère.

Que demeure-t-il alors de cette nouvelle histoire montée de toute pièce à propos de Périllos ? Légende, mythe ? Un peu des deux.

Le docteur Courrent, finalement, était bien à Embres et Castelmaure pour une histoire de bouchon. Mais certainement pas pour le mythique de Périllos.


    Bibliographie :

http://www.societe-perillos.com/durban_seign.html

http://www.societe-perillos.com/embres_1.html

La quête de Saunière de Rennes-le-Château à Périllos de André Douzet et Philip Coppens aux éditions Bussière 2008

http://www.palairac.org/dagobert.htm#ldhelabel38

http://www.connectotel.com/rennes/courrent.html

http://gallica.bnf.fr/

Bulletin de la SESA (Société d'études Scientifiques de l'Aude) de 1928