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La mythologie de Périllos nous l'avons déjà vu, nous impose de façon récurrente une présence des seigneurs de Périllos sur ces terres la plus tardive possible. Plusieurs histoires, ainsi, nous remémorent l'impossible recensement des terres de Périllos par le notaire Bernard Courtade en 1659 ou l'histoire anachronique de Ramon de Perellos y Roccaful.
Et puis, de petites historiettes enfoncent le clou discrètement tout en amenant de petits faits nouveaux aussi énigmatiques qu'opportuns.

Voici l'histoire du blason des Périllos gravé dans une pierre. Cette pierre aurait été sur un four à verre qui servait entre autres choses à fondre de l'or issu du minerai extrait des terres environnantes.

Si nous n'avons jamais vu la moindre photo de cette pierre et de ses gravures, nous pouvons en trouver un magnifique croquis sur internet grâce à la Société Périllos  (ref 6) .

Le four à verre existe bien. La société Périllos dans un article de son site en fournit les coordonnées GPS en même temps qu'un extrait de carte IGN où est pointé l'emplacement (Ref 6). Mais en vérité, il n'est pas bien secret. Pour le dénicher c'est en fait très simple et sans mystère. Il suffit de regarder le cadastre d'Opoul-Périllos, facilement consultable en ligne, et suivre : "le chemin du four". On ne peut trouver plus explicite ni moins dissimulé.

four large

Le problème majeur de cette histoire commence une fois de plus avec les dates également indiquées sur la pierre : 1501-1654.
Si le château a été vendu en 1482, comment ces dates peuvent-elles se retrouver accompagnées du seul blason aux 3 poires des seigneurs de Pérellos ? Blason que les seigneurs de Gléon n'ont jamais repris dans le leur puisque le nom de Perellos n'est jamais entré dans leur famille. Ils ont simplement acheté les terres et récupéré le titre. Et nous savons que le château a bien été vendu en 1482, nous le retrouvons dans divers écrits (Ref 1,2,3).

Admettons quand même, pour vérifier toutes les possibilités, que les seigneurs de Périllos aient gardé quelques terres et poursuivons. L'histoire relate que les seigneurs de Périllos auraient extrait, fort discrètement, de l'or de mines environnantes pour le fondre dans ce four sous couvert d'une activité verrière.
Côté discrétion cela semble assez mal assuré puisqu'il nous est précisé que ces fours sont bien visibles depuis le donjon de Périllos. Mais que dire alors du plateau de Salveterre (et de son château) qui a une vue directe et plongeante sur ce four ?
Et Opoul est si proche !

salveterre

Mais au fait, quels seigneurs de Périllos aurions-nous pu rencontrer entre 1501 et 1654 ? Leur nom est Personne. Si vous lisez la généalogie des Pérellos, rapportée par l'abbé Capeille, il n'y a aucun doute (ref 4). Le nom de Perellos s'est éteint (du moins pour cette lignée) faute de descendants avant 1500... mais Périllos a poursuivi son Histoire... sous d'autres seigneurs. Ceux de Gléon.

Sommes-nous bien d'ailleurs sur les terres de Périllos ? Dans le site de la Société Périllos nous pouvons voir un ancien plan minier délimitant Périllos (ref 6). Si nous le superposons avec le cadastre d'Opoul-Périllos, le doute est bien légitime. La réponse serait non. Nous sommes largement sur la commune d'Opoul. Mais le plan minier n'étant malheureusement pas daté, nous ne pouvons être affirmatif pour les années 1501-1654.

A ce jour, malgré ce plan minier qui, il faut l'avouer, est illisible, aucune mine n'a été retrouvée. C'est assez surprenant si l'on compare par exemple avec la commune de Palairac où toutes les mines sont bien connues, recensées, décrites, photographiées et protégées.

Il n'y a aucun doute, ce four a vu des hommes œuvrer sur du verre. Mais avons-nous la moindre preuve en ce qui concerne la présence d'or ? A ce jour, aucune.

pas d'or

Une fois de plus nous sommes devant une incompatibilité entre les dates avancées et les personnages concernés. L'histoire se confronte à l'Histoire et fait un four entrainant la chute de la pierre gravée au fond du puits de la non vérité. Nous ne pouvons que ranger cette historiette, librement inspirée d'un four à verre existant, de la famille de Périllos ayant existée, le tout légèrement saupoudré d'or, dans le légendaire de Périllos.

Pourtant, nous trouvons une histoire de four à verre et de seigneurs de Périllos dans l'Histoire. C'était deux siècles plus tôt. En 1296.
Lisons Jean de Gazanyola (Ref 5). Il nous cite un fait pour prouver "l'existence d'une forêt considérable à Périllos, auprès d'Opol. Les habitants de Perpignan prétendaient avoir le droit de couper et de prendre du bois dans cette forêt; les Seigneurs de Périllos soutenaient le contraire; les deux parties ayant pris pour arbitre le roi Jacques 1er de Majorque, convinrent la veille des calendes de novembre 1296, que les habitants de Perpignan pourraient, en payant un denier par charge de cheval ou de mulet, et un demi-denier par charge d'âne, prendre du bois dans un quartier déterminé, en suivant un chemin désigné, pour le porter dans la plaine du Roussillon. Le Seigneur s'interdit la faculté d'en vendre aux Français, celle d'établir des verreries, des fours à chaux, des forges et des fabriques de savon; se réservant la vente des pacages, celle des bois pour la construction des navires, et le droit d'affouage pour les habitants de Périllos et pour tous autres à qui il l'aurait accordé précédemment".

Il est intéressant de noter ici que les seigneurs de Périllos abordent tout naturellement les divers types de four comme activité banale, normale, en un mot : usuelle. 
Nous constatons aussi que les seigneurs de Périllos sont des seigneurs comme les autres, confrontés aux mêmes règles, devoirs et concessions.
Il n'y a pas de plus gros consommateurs de bois que ces fours. En cela, ces seigneurs de Périllos étaient écologistes avant l'heure, mais surtout justes, et avant tout protecteurs pour les habitants de Périllos qui conserveront par cet acte leur droit d'affouage. La défense de leurs gens, l'honnêteté, la justice, sont des qualités bien précieuses. De celles qui font la vraie grandeur et la vraie noblesse de quelqu'un.
Il est regrettable que les histoires instaurant la mythologie de Périllos n'aspirent à démontrer la grandeur de ces seigneurs de Périllos que par la seule détention d'un secret aussi illusoire que mensonger tout en relégant comme accessoires négligeables leurs qualités. Ce qu'ils ont été, c'est par ce qu'ils étaient.

Jean de Gazanyola ne cite pas sa source. La retranscription est précise mais la provenance reste inconnue.

Nous ne savons toujours pas en cet instant qui a fait construire ce four, ni à quelle époque. Mais au moins, nous savons maintenant que les seigneurs de Périllos, blasonnant aux trois poires, n'auraient pu faire placer une pierre gravée aux dates de 1501- 1654, ni sur un four à verre ni en tout autre lieu de Périllos. C'est bien ce que nous a révélé mine d'or de rien, cette pierre légendaire, qui elle, est vraiment aussi secrète que mystérieuse.

Ce qu'il reste de ce four, quelle que soit son histoire, représente une mémoire ancienne. A ce titre il mérite d'être respecté.

18 février 2012 : Dans "Approche sur la véritable histoire du four du Tiroulet à Opoul", Marc Pala apporte un beau complément d'enquête et ouvre la porte de cette mémoire ancienne.

     Bibliographie

Ref 1 : Société d'études scientifiques de l'Aude 1928, article du docteur J. Paul Courrent sur Durban.

Ref 2 : Dictionnaire de la noblesse Tome 9, par de La Chenaye-Desbois et Badier, à Paris chez Schlesinger frères. (Nous ne savons rien ici d'une acquisition, mais Olivier de Gléon, huitième du nom, né avant 1600 arbore dans ses titres celui de Vicomte de Périllos et il n'y a pas d'alliance entre les deux familles).

Ref 3 : La quête de Saunière de Rennes-le-Château à Périllos de André Douzet et Philip Coppens aux éditions Bussière 2008

Ref 4 : http://www.mediterranees.net/biographies/capeille/index.html

Ref 5 : Histoire du Roussillon par Jean de Gazanyola, chez J.-B. Alzine à Perpignan, 1857

Ref 6 : http://www.societe-perillos.com/fouraverre.html  (en trois parties)

Les photos du four à verre d'Opoul-Périllos et de son environnement sont publiées avec l'aimable autorisation de leur propriétaire.