purgatoire st patrick

Avec l'histoire de Ramon de Périllos et de son voyage au puits de St Patrick en Irlande, nous sommes au croisement d'une légende ancienne et d'une légende moderne. La légende ancienne va être régénérée pour accomplir la légende moderne.
Cette dernière estompe la facture trop légendaire de la première, la recentre en la nimbant de mystères sur Périllos en appui de ses autres histoires, tout en donnant une impression de faits concrets.

Si dans la mythologie de Périllos nous entendons souvent parler de cette geste épique de Ramon de Périllos, elle ne nous est que succintement rapportée, sans nous fournir une idée réelle de son contenu. Les différentes versions de l'histoire moderne de Ramon mentionnent une notion de méditation, d'initiation ou de descente dans une grotte. Elles insistent sur la difficulté de réussir cet engagement et sur l'esprit chevaleresque de celui qui accomplit ce pélerinage. Nous sommes en vérité très loin de la teneur du texte de Ramon avec ses différentes descriptions de l'enfer ou du paradis.
Nous ne trouvons jamais de référence pour pouvoir trouver cette narration ancienne qui parait hors de portée du commun des mortels qui voudrait se la procurer.
En fait, la version originale qui serait écrite par Ramon de Perellos se trouve conservée à la bibliothèque de Toulouse. Mais grâce à internet qui a ses bons côtés, vous pouvez lire soit cette version occitane dans un livre de 1905 (Ref 1), soit une traduction de la version catalane (Ref 2). Il est très intéressant à plusieurs titres de la lire et nous vous recommandons d'en prendre connaissance ne serait ce que pour des morceaux de sa vie qu'il nous livre au cours de sa narration.

Tout ce qui lui arrive dans cette grotte est une pure légende. Il nous raconte sa rencontre avec des démons, ses visions des différents niveaux de l'enfer. Ici, des hommes cloués avec des clous brûlants et dévorés par des dragons, ailleurs, mêmes tourments accentués avec serpents et extraction d'organes, puis plus loin, d'autres condamnés entièrement percés de clous avec des démons les fouettant. Puis en vient un autre où s'activent les pleines flammes de l'enfer avec d'autres tortures. Mais ceux qui y sont se trouvent sur la voie du salut. C'est ici que se trouvent le roi d'Aragon et la nièce de Ramon. Suivent d'autres représentations de ce monde si peu convivial. A chaque fois, Ramon se retrouve délivré par la seule énonciation du nom de Jésus Christ de tous ces tourments que les démons essayent de lui appliquer. Suit une description, toujours dans la pure ligne iconographique chrétienne, du paradis. Si quelqu'un nous faisait ce récit aujourd'hui, on lui demanderait famillièrement ce qu'il a fumé. Par contre, en ces temps là, tout le monde trouvait normal que Marie Madeleine, dans "La légende dorée" écrite vers 1260, soit élevée tous les jours dans les airs par des anges. Nous sommes aussi dans la pleine époque des quêtes du graal et de diverses chansons de gestes.

Alors bien sûr, l'écrit de Ramon de Périllos est plus tardif, 1397, mais les mentalités n'ont pas encore évolué sur ce genre de littérature et l'on sent bien l'emprise de l'église qui avait encore son message à renouveler. Tous les auteurs qu'ils soient anglais, français ou espagnols sont unanimes. Ce récit n'est qu'une adaptation (ref 3), voire une simple compilation (ref 4) de textes précédents, principalement celui de Henry de Saltrey. Ramon de périllos fait une reprise à son compte de la légende en insistant sur les périls qu'il va encourir, qu'il vit, et qu'il a supporté, les horreurs de l'enfer avec l'imagerie catholique de l'époque et les bonheurs du paradis où sont réunis en tête, papes, archevèques, etc...

"L'histoire de la littérature est souvent l'histoire de réécritures persévérantes qui renouvellent à des époques différentes et avec des manières distinctes, une certaine matière favorisée par la réception propice des lecteurs. Un exemple de ceci pourrait être la légende sur le purgatoire de Saint Patrick." Voilà les premières lignes de l'introduction d'un article en espagnol de Maria Mercedes Rodriguez Temperley (ref 5). Suit une étude intéressante et explicative de cette légende dans laquelle figure Ramon de Perellos en temps que "duplicateur" de l'histoire initiale de ce purgatoire à des fins certainement politiques. Mais ne jugez pas Ramon de Perellos pour ce plagiat. Tout est dit dans ces lignes traduites. Vous aurez également une très bonne explication de cette reprise formulée par M. Pons (Ref 6).

Revenons maintenant sur la légende moderne qui constitue la dernière adaptation de ce récit du purgatoire de St Patrick. Une de ses versions (Ref 7) démontre le courage de Ramon à sa façon, non par une description des tourments qu'il subit dans la grotte et qu'elle évite soigneusement de raconter, mais par le fait que plus courageux que tous, il y est demeuré seul. Son compagnon effrayé se serait arrété à l'entrée, alors que Ramon continuait. Ce qui est inexact. Les deux ont reçu la même préparation d'où leur entrée commune. Ils ont été "séparé". Il est seul pour ses visions mais ils se retrouvent avant de sortir. Il nous est clairement dit dans les deux versions occitane ou catalane qu'il a subi les mêmes tourments. "E aqui venc mon companho que ieu non avia vist despueys que era intrat, loqual per lo mal que avia passat era fort pejorat....." (Et ici vint mon compagnon que je n'avais pas vu depuis que j'y étais rentré, lequel par le mal qu'il avait passé était fort affaibli...). En fait le seigneur de Périllos montre sa force morale et physique parce qu'il aide ensuite son compagnon à sortir.
Ce point de la mythologie de Périllos qui est de faire valoir cette famille par des moyens imaginaires au détriment des réels est récurrent dans quasiment toutes les histoires. Pour une fois qu'un de Périllos s'exprime, laissons lui son choix qui est tout aussi honorable sinon plus pour les deux concernés et en tout cas plus honnête.

Nous allons aborder maintenant le point principal concernant l'entrée du purgatoire de St Patrick dans la mythologie de Périllos. Cela découle simplement de la suite donnée à cette geste et qui va la transformer en légende moderne.
A son retour Ramon de Périllos aurait dit qu'il savait sur ses terres l'ouverture vers un autre monde. Nulle part nous n'avons trouvé trace de ceci. Ce n'est pas dans le récit c'est certain, ni dans l'occitan ni dans le catalan. S'il y en avait eu une trace quelque part, cela aurait été soulevé par les nombreuses personnes de tous pays qui s'y sont intéressées. Cela aurait marqué un fait singulier, une particularité à son récit digne d'être relevé. Quand l'a t-il formulé ? A qui ? Où ? Tels sont les seuls vrais mystères que nous laisse entrevoir cette légende moderne.

Si pour y voir plus clair nous relevons les histoires qui reprennent cette phrase et les comparons nous trouvons diverses versions dans des guillemets, comme citées d'un texte. Cela serait donc extrait de divers textes. Voilà qui tend vers le légendaire.
"Il "comprenait" maintenant que son territoire comportait "un passage vers l'au-delà"". (Ref 7) Puis l'histoire enchaine sur les tombeaux et Joseph d'Arimathie après un paragraphe faisant lien.
"Maintenant il sait sur son territoire... l'accès à l'autre monde" (Ref 8) suit une réf : document du 14e siècle à la BN de Barcelonne. Là c'est mythique.
Il connait des clés concernant "certains mystères déposés sur ses terres comme par exemple "l'ouverture vers l'autre monde"". (Ref 9)
"Il affirme "Il existe un lieu concret qui permet d'accéder à l'autre monde"" (Ref 10). Suit une explication pour signifier que ce terme concret employé veut bien dire qu'il y a un "emplacement réel sur les terres de Périllos".
"Et maintenant je sais sur mes terres l'entrée à l'autre monde" (Ref 11). Un peu plus loin dans cette version il nous est indiqué la possibilité d'un déplacement d'Irlande à Périllos par l'itinéraire de Joseph d'Arimathie.
"Ramon de Périllos trouvera à son tour et beaucoup plus tard l'entrée vers l'AUTRE monde précisément sous ses terres" (Ref 12) Cette version voit une nette évolution de la légende, mais conserve un rapport direct dans la même phrase avec les tombeaux connus comme points zéro et un situés sous ces terres.
"Ouverture vers un autre monde" (Ref 13). Ici nous sommes proche de la Ref 9. Mais nous relevons cette version car elle est suivi d'une phrase des plus intéressantes. "décrite par un seigneur dont la puissance et la réputation mettent hors de doute le discours". No comments.

Mais même sans ces différentes versions qui ruinent la véracité historique de ces propos, il aurait fallu que la légende soit plus précise. Territoire ou terres est bien trop large. Surtout quand on lit le récit de Ramon de Périllos. Il se présente comme vicomte de Périllos et Rodes et seigneur de Céret. S'il parle de son séjour à Millas entre ses années passées en France ou en Italie, jamais il n'évoque Périllos. Il est donc aussi arbitraire qu'orienté de dire que l'ouverture accès de ce monde au-delà est à Périllos. Mais ceci n'est bien qu'un détail dans une légende.

 Bibliographie :

Ref 1 : http://www.archive.org/stream/voyageaupurgatoi00jeanuoft/voyageaupurgatoi00jeanuoft_djvu.txt

Ref 2 :http://www.renneslechateau.com/francais/galaad2.htm

Ref 3 : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/abpo_0003-391x_1910_num_26_4_4230

Ref 4 : St Patrick purgatory an essay on the legends par Thomas Wright, London, 1844

Ref 5 : http://fr.search.yahoo.com/search?fr=greentree_ff1&ei=utf-8&type=867034&p=DESMITIFICACI%C3%93N+DE+LA+LEYENDA+DEL+PURGATORIO+DE+SAN+PATRICIO%3A+el+manuscrito+18723.21+de+la+Biblioteca
+Nacional+de+Madrid%22  

Ref 6 : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hispa_00

Ref 7 : La quête de Saunière de Rennes-le-Château à Périllos de André Douzet et Philip Coppens aux éditions Bussière 2008

Ref 8 : http://www.societe-perillos.com/expo2007.html

Ref 9 : http://www.societe-perillos.com/angelina_3.html

Ref 10 : http://www.societe-perillos.com/enigme.html

Ref 11 : http://www.societe-perillos.com/siege.html

Ref 12 : http://www.societe-perillos.com/stpierre.html

Ref 13 : http://www.societe-perillos.com/opoul_2.html

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