blasonLe sceau de Ramon de Perellos.
                                                                                               Source Ref 1 chez Ref 2.

D’où que l’on vienne, mais plus particulièrement de la plaine du Roussillon, le plateau de Salvaterra s’impose au regard. Cette masse spectaculaire surmontée par les ruines d’un vénérable château accroche l’œil qui dès lors ne le lâche plus, fasciné. Et là, on ne résiste plus, on s’approche pris d’une envie impérieuse, celle d'y aller voir. Et la récompense pour les efforts fournis, c’est un spectacle somptueux qui vous est offert et cela, quelles que soient les conditions climatiques. Sous le vent qui fait courber le dos, sous un soleil implacable ou encore sous l'orage qui s'annonce. La vue de là-haut est superbe, quel que soit le côté vers lequel se porte le regard. Les ruines par contre ne sont pas prestigieuses; rien de comparable à Peyrepertuse ou Termes. Mais un petit je ne sais quoi les rend surprenantes, attachantes d'une manière indéfinissable. Non, indiscutablement, ce lieu n’est pas anodin et l'arpenter incite à croire à toute légende le concernant.

Et cela n’a pas manqué : c’était par trop tentant. Salvaterra est entré dans la mythologie de Périllos. Son nom l'y prédestinait : ne suggère-t-on pas qu’un sauveur serait supposé reposer sous les terres environnantes. Salvaterre nous est donc servi sur un plateau.

Dans la mythologie de Périllos, le château d'Opoul, ne serait qu’un obscur castel oublié dans le village homonyme. Elle se refuse à admettre que celui du plateau soit celui d'Opoul et cela sans avancer la moindre preuve. (ref 3, 4)

La légende nous l'avons vu ferait de M. de Cassini le détenteur d’un secret caché dans la "Terra (non) incognita" de Périllos. Pourtant, la carte qu'il nous a laissée pour la région de Périllos est limpide : le château d'Opoul est bien celui situé sur le plateau. (Ref 5).
Si nous nous référons à Clément Boissier (Ref 6) il en va de même. Selon l’auteur, c’est la famille de Casamajor qui aurait donné le nom de Salvaterra au château d’Opoul (Castlar d’Oped) et cela en souvenir de son autre Sauveterre (en Béarn). Après le départ des Casamajor pour Ille-sur-Têt le site retrouve son nom d’Opol. Nous reviendrons sur cette référence plus loin dans le texte.
Continuons nos investigations et ouvrons "l'Histoire du Roussillon" de J.D.M. Henry (Ref 7) ou celle de Jean de Gazanyola (Ref 8), nous constaterons qu’il n'y a pas d'ambigüité non plus en ce qui concerne l’appellation du Château.

On pourra bien sur nous rétorquer que tout ceci n'est que matière de deuxième main sur le plan historique.
Heureusement il existe un document historiquement contemporain des faits : une charte d'origine rédigée à la demande de Jacques Ier d’Aragon, document daté de juillet 1262 et reproduite dans une revue "le cabinet historique" (Ref 9). Il y est traité des facilités accordées par le roi aux habitants d’Opoul et de Perillos qui décideraient de s’installer en la forteresse en construction au lieu dénommé autrefois « castlar d’Opet », et maintenant (1262) Salvaterra...

Nous pouvons conclure que le château a porté selon les époques les deux noms d’Opol (Opoul), Salvaterra, pour finalement redevenir celui d’Opoul. C’est toujours sous cette appellation que nous le retrouvons sur les cartes IGN récentes.
Le déni que ce château ait jamais été sous le vocable d'Opoul se révèle aussi arbitraire que révélateur. De fait nous sommes bel et bien dans une légende refusant l'entrée d'Opoul dans le monde mythologique de Périllos.

Il vous reste toutefois une personne à entendre sur la dénomination de ce château pour sceller définitivement son sort. Et son avis (que vous allez lire dans quelques lignes) nous importe beaucoup. A tout seigneur tout honneur !

La légende soutient aussi que le nom de Salvaterra signifie, terre surveillée, sécurisée, (Ref 3), sauvée (Ref 3, 4), et propose aussi terre du Sauveur (Ref 4), ce qui évidemment sert bien cette autre légende d’un tombeau de grande importance qui serait dans le secteur.
Nous pourrions dire tout simplement terre sauve ou terre d'accueil ce qui correspond bien avec le but de la charte (Ref 9) et sa nouvelle appellation liée.

Las, nous trouvons beaucoup de lieux en France et à l'étranger qui portent le même nom. S'il devait y avoir un sauveur enterré près de chacun de ces Salveterre ou Sauveterre etc..., cela impliquerait un sacré don d'ubiquité assez difficile à concevoir, même si nous savons bien que le père Noël peut passer dans toutes les cheminées en même temps. Ce ne sont pas les pains que le Sauveur aurait du multiplier, mais lui-même pour réaliser pareil exploit.

Parmi tous les Sauveterre il y en a un que nous allons retenir plus particulièrement : Sauveterre de Béarn. Cet endroit aussi est superbe. Situé à l'opposé sur la carte du sud de la France, il est aussi vert que celui du Roussillon est aride mais tous deux ont un point commun. Ils font partie de la même Histoire.
Le Roussillon et le Béarn sont liés par une Histoire commune, au travers des comtes de Foix. Henry IV ou Gaston Fébus appartiennent autant à Foix qu'au Béarn où ils sont nés. Pour l'anecdote, Gaston III de Foix-Béarn est décédé dans un petit village béarnais portant un nom légendaire qui fait rêver : l'Hôpital d'Orion.

La mythologie de Périllos omet cependant un élément historique des plus intéressants. Un document précieux car ils sont rares. C'est Ramon de Périllos qui prouve par son sceau la réunion des deux Histoires une fois de plus et nous amène aux deux Sauveterre par ricochet. Et révèle... deux légendes ?
Il existe un ordre écrit par Ramon de Périllos capitaine général du Roussillon adressé aux consuls de Tura en date du 25 novembre 1396 pour leur annoncer la prise du château-fort d’Opol par le Comte de Foix. L’authenticité du document est avérée par la présence du sceau de Ramon de Perillos. (Ref 1). 

Ici, nous devons cependant revenir sur le texte de Clément Boissier et avouer une certaine perplexité. Nous nous trouvons face à deux documents, le premier de 1262 concernant le château d’Oped aussi appellé Salvaterra, le second, de 1396 annonçant la prise du château d’Opol par les comtes de Foix (béarn). Si l'auteur nous donne des références, il ne cite aucune date pour les faits qu'il avance et ne fournit aucune explication. Le château (qui doit être construit) était-il donc déjà sous (futur) commandement d'un Casamajor du Béarn dès avant 1262 pour avoir pu lui donner le nom de Salvaterra ? Cela parait peu vraisemblable ; nous pencherions plutôt pour une libre interprétation de la généalogie des Casamajor par Mr Clément Boissier, basé sur la similitude des noms de famille et l'histoire commune entre ces deux régions durant plusieurs siècles. C'est avis nous le trouvons déjà exprimé par d'autres auteurs. (Ref : 10).  Nous n'avons à ce jour hélas aucune explication claire à proposer. Mais nos recherches sur le sujet continuent. Il semblerait que le nom de Salvaterra prouve bien son titre de plateau de légende.

En l’absence de certitude sur ce dernier point, continuons notre analyse de la légende. Elle nous persuaderait que sans aucun doute, le château de Salvaterra a été érigé pour défendre bien autre chose que les frontières au vu des conditions qu'offrait Jacques Ier pour s'installer dans les lieux et le peu de moyens fourni à cette forteresse (Ref 4) . Mais à la lecture des conditions offertes pour s'installer à Salses, nous sommes bien en droit de douter de cet argument. (ref 9)
Nous sommes confortés dans notre analyse par la lecture des conditions édictées pour s'installer à Perpignan (ref 7). Nous sommes bel et bien dans le cas de figure d’un peuplement et de la défense du Roussillon. Rien à voir avec la défense d'un mythique dépôt sur les terres de Périllos.

Pour Opoul alias Salvaterra comme pour Salses, les conditions de vie sont très difficiles. L'un se trouve isolé sur une hauteur inhospitalière, balayé par le vent, l'autre est implanté en bord de l'étang ce qui à l’époque implique des conditions sanitaires peu satisfaisantes et létales. Perpignan est choisi par les rois comme lieu de résidence.

Il coule de source que pour Jacques Ier et ses descendants, ces forteresses n’ont qu’un seul et unique but : protéger ses frontières du remuant voisin français.

Nous ne traduirions pas exactement "...considerantes honorem et utilitatem tocius Rossilionis..." par "indispensable à la sûreté de tout le Roussillon". Mais puisque nous sommes bien dans une légende, ne nous arrétons pas à une petite exagération de bon aloi.

Ainsi donc, c’est en signant avec son sceau que Ramon de Perillos met à mal tout un pan de la mythologie de Perillos, rendant à Opoul ce qui est à Opoul. Joli clin d’œil de l’Histoire n’est-ce pas?

     Bibliographie :

Ref 1 : Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées Orientales, 13e volume, Perpignan 1863, par M.E. de Fouchier

Ref 2 : http://gallica.bnf.fr/

Ref 3 : La quête de Saunière de Rennes-le-Château à Périllos de André Douzet et Philip Coppens aux éditions Bussière 2008

Ref 4 : http://www.societe-perillos.com/opoul_1.html (en trois parties)

Ref 5 : http://www.cartocassini.org/galerie/index.php?/category/cassini   Carte 59 Perpignan

Ref 6 : Famille de Casamajor, un peu d'Histoire : sa noblesse ses alliances son expansion, Paris, librairie Alphonse Picard par Clément Boissier, juillet 1905

Ref 7 : Histoire du Roussillon tome 1 et 2 de Dominique Marie Joseph Henry, Paris imprimerie royale 1835

Ref 8 : Histoire du Roussillon par Jean de Gazanyola, chez J.-B. Alzine à Perpignan, 1857

Ref 9 : Le cabinet historique revue mensuelle, Tome troisième. Chartes des privilèges aux hommes d'Opol, et Privilèges accordés par Pierre, roi d'Aragon aux gens de Salces.

Ref 10 : Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables, T8, par C. d'E.-A, Evreux, imprimerie Charles Hérissey, 1909