dome du four de la sals

                            Dôme d'un four à verre à la Sals dans le Razès

Dans l'article "Une pierre blasonnée mine de rien fait un four" nous abordions l'histoire d'un four d'Opoul qui aurait appartenu aux Pérellos. Cette propriété (non) prouvée par une pierre blasonnée et datée se révélait à l'étude historiquement impossible et trahissait un mythe. Si nous avions ensuite émis de sérieuses restrictions quant à son usage pour fondre du minerai d'or, par contre, en l'absence de connaissance nous n'avions mis en cause sa vocation verrière au vu de la seule vitrification des parois.

Marc Pala, infatigable marcheur à la découverte de notre passé dans les Corbières, suite à la lecture de notre article au cours de recherches sur les fours à verre du secteur, n'a pas hésité à affronter le froid et le vent de cette saison pour aller à la rencontre de ce four. Il nous a contacté et son apport étant particulièrement profitable, nous vous exposons ses conclusions qui ouvrent pour notre plus grand plaisir un pan de la mémoire ancienne de ce four.

"Bonjour,
 Je vous dois un petit mot sur ce four du Tiroulet à Opoul que j'ai retrouvé sans mal. Je le désigne d'après le nom du courtal (de Tirolet) près duquel il se dresse.
Comme je le pressentais à la vue des photos mises en ligne, il ne s'agit absolument pas d'un four de verrier. Mais bien d'un four à chaux; les traces de vitrification sur la paroi interne sont dues aux fortes températures entre 1100 et 1300° qui ont porté les grès, intégrés à la construction, à leur point de fusion. Même topo si mes souvenirs sont bons (c'était il y une quinzaine d'années) pour 2 autres fours repérés près du ruisseau de la Margue, au nord-est d'Opoul.
Et c'est bien dommage car les fours de verriers sont plutôt rares en Corbières orientales : 1 à Embrès-et-Castelmaure, 2 à Saint-André-de-Roquelongue, 1 à Narbonne (près du château de Saint-Pierre-des-Clars), 1 à Jonquières. Pour l'instant cette courte liste est exhaustive; d'autres sont pressentis si l'on s'en réfère à la toponymie : à Feuilla (Col dal Beyre), à Fontjoncouse (Mont Veyre)... Les prospections s'avèrent en revanche plus concluantes dans les Corbières occidentales plus favorisées en matière de forêt ou de substrat gréseux.
Aussi, pour notre secteur, tout four de verrier présumé mérite d'être signalé au service archéologique de la DRAC. Un programme de recherche sur cette thématique est en cours...

Je n'ai pas vraiment travaillé sur les archives d'Opoul-Périllos. Mais les fours à chaux et les emplacements de charbonnières sont très communs dans tous les villages des Corbières. A Roquefort-des-Corbières par exemple, près d'une trentaine de fours à chaux ont été recensés sur le territoire communal. Malheureusement c'est une activité qui n'a pas laissé de traces dans la mémoire collective aussi ces structures sont anonymes et oubliées. Exceptées quelques unes, rares, qui portent le nom du tènement comme "Lo Forn del Sorn" sur Opoul ou d'un chaufournier, le "Four de Pistole" à Caves.
Ces fours ont fonctionné d'une manière intensive surtout durant le XVIIIe siècle (époque probable de la construction de ce courtal de Tirolet) et furent déclassés par des fourneaux semi-industriels vers le milieu du XIXe siècle (type semblable à ceux du Malpas à Salses, en bordure de la route d'Espagne ou encore ceux de Lapalme, Mailhac...)
Si vous retournez à Tirolet, vous remarquerez près de l'entrée basse du four, un monticule herbeux, le terril de défournage, dans lequel se retrouvent, au milieu des cendres et de pierres calcinées, des fragments de chaux. Et non pas des chutes et des rebuts de verre, voire des morceaux de creusets, comme cela devrait être le cas si nous avions affaire à une verrerie. En contrebas se révèlent plusieurs petites excavations d'où les chaufourniers ont tiré la pierre à calciner. Comme toutes les calquièras artisanales et traditionnelles, celle-ci est bâtie en surélévation, accolée à un talus qui permettait de déverser la pierre par le haut (gueulard) du fourneau.
On peut encore remarquer à l'intérieur l'absence de sole, la voûte en encorbellement, qui supportait la charge à consumer, étant reconstruite à chaque nouvelle fournée. En règle générale, la cuisson, qui consiste à porter les pierres calcaires au rouge, n'excède pas les 800° C. A partir de 1000-1100°, et plus, excès de chauffe, la chemise se vitrifie. A contrario, en dessous de 600°, on obtient  beaucoup d'incuits.
Fabriquer une chaux "parfaite" était un savoir-faire délicat, un art, qui ne souffrait pas les approximations.
Ce n'était certes pas des nobles comme les maîtres verriers qui travaillaient autour de ces fourneaux de fortune, mais ces hommes n'en méritent pas moins tout notre respect pour leur dur labeur et notre intérêt pour leur humble histoire qui est aussi l'histoire de cette terre.
Ces quelques notes pour se donner les moyens de sauvegarder ces témoins d'un passé aujourd'hui bien oublié mais peut-être pas définitivement révolu.
Cordialement
Marc Pala"

Nous aimons partager ces histoires simples. En cela nous remercions encore grandement Marc Pala pour nous avoir offert ses connaissances et ouvert cette mémoire oubliée.

Il n'y avait pas l'or des Pérellos, pas de nobles verriers non plus, mais ce four par cette rencontre fortuite nous a tous enrichis et cette terre nous devient encore plus attachante pour avoir approché sa connaissance.

http://www.dailymotion.com/video/xjllln_marc-pala-passeur-de-territoire_news