Drapeau blanc 2

Les histoires de contes et légendes partagent souvent une même particularité. Elles font preuve de plus ou moins de chauvinisme. La mythologie de Périllos n'échappe pas à la règle. Elle s'applique à maltraiter ses voisins de Durban ou d'Opoul pour rehausser le prestige des seigneurs de Périllos. Elle soigne au contraire l'image de Guillaume de Roussillon et l'entoure d'un voile de mystère pour renforcer celui des Périllos. Dans le cadre de contes et légendes, ce chauvinisme est tout à fait de bonne guerre et ne se discute pas, puisqu'elles ne sont pas un reflet de la vérité mais un outil pour mettre en valeur ses héros. Par contre, quand des histoires sont présentées comme historiques en citant des faits précis, tout chauvinisme devrait en disparaître. Il est important de démêler le vrai du faux pour ces Seigneurs, que cette mythologie de Périllos ne concerne pas directement, mais dont pourtant elle entache ou arrange leur Histoire pour servir à sa création.

Nous allons commencer par les seigneurs de Durban souvent cités. Examinons si les points avancés, systématiquement négatifs, sont légitimement mérités où relevent seulement du pays imaginaire.

La mythologie de Périllos fait souvent référence aux écrits du docteur Courrent pour certifier ses histoires. Or, il se trouve que la lecture de ces écrits nous donne une version sensiblement différente des faits avancés concernant les seigneurs de Durban.

Le chauvinisme latent envers ces seigneurs voisins s'annonce déjà par les propos péjoratifs émaillant les textes, dont ils se voient arbitrairement affublés, tels que "gros barons de Durban" ou "petits barons de Durban". (ref : 1, 2, 3).

Nous trouvons ensuite un classique incontournable : les barons de Durban ont "spolié" de leurs terres les vicomtes de Périllos en 1659 lors de l'annexion du Roussillon sous la couronne de France. (Ref : 3)
Ce point récurrent de 1659 nous l'avons déjà rencontré principalement dans les articles sur J.P. Courrent, sur le notaire Courtade ou sur Ramon de Perellos y Roccaful. Nous entendons distinctement tinter la clochette de notre petite Fée car en 1659, les seigneurs de Périllos avaient disparus de la scène du forfait énoncé depuis environ 200 ans.
Les Gléon, réunis aux Durban par mariage, avaient acheté les terres, également environ 200 ans plus tôt (Ref : 5, 9). Évidemment, si l'on considère que voler ou déposséder malhonnêtement quelqu'un est synonyme d'acheter, ce point se discute. Mais pour nous, il est évident que les Seigneurs de Durban ne méritent absolument pas le titre de spoliateurs.

Parfois tout de même les propos sont plus diplomatiques bien qu'aussi inexact. "ils récupèrent" ou on leur "remet" (ref : 4, 5). Dans la réalité, quand le Roussillon a été annexé, personne n'a été chassé, personne n'a "récupéré". Le traité de paix des Pyrénées entre les couronnes de France et d'Espagne est très clair à ce propos. (Ref : 7). Même la langue française ne sera imposée que des décennies plus tard (Ref : 8). Si des gens préféraient partir, ils partaient, mais proprement, en vendant les biens qu'ils ne pouvaient emmener. De même ils pouvaient partir mais faire gérer leur bien par quelqu'un d'autre s'ils ne voulaient ni vendre ni rester.

Nous entendons aussi dire que les Durban se seraient enrichis grâce à ce qu'ils ont récupéré ou qui leur a été remis. Or, puisque cela a été vendu nous retombons dans le même cadre de figure. Quelle valeur réelle cela avait-il pour que l'on s'en soit "débarrassé" en le vendant si banalement et si rapidement.... La valeur est indexée au prix d'achat. D'ailleurs, les derniers seigneurs de Périllos, n'étaient pas préoccupés par leurs terres de Périllos. Ils n'y étaient guère présent, absorbés par leurs fonctions et leurs autres domaines.

Soit les héritiers ont vendu parce qu'ils avaient des dettes, ce qui démontre qu'il n'y avait pas de si grandes richesses à retirer de ce qui a été vendu sinon ils en auraient profité pour eux-même et n'auraient surtout pas vendu, soit ces terres ne présentaient simplement aucun intérêt pour ces héritiers qui les vendent à peine récupérées. Voilà les faits. Nous vivons dans un monde réel bien cruel pour les légendes...
La famille de Gléon-Durban était loin d'être dans la misère ou dans l'attente d'une rentrée d'argent. Leur nom remonte pour les Gléon d'avant la fin du premier millénaire quant aux Durban ils sont déjà cités en 1018. Leur nom perdure après la révolution et ils sont devenus entre temps marquis. Le docteur J. Paul Courrent nous dit en parlant d'avant 1400, "Les seigneurs de Durban étaient sans contredit les hobereaux les plus puissants de la Corbière et du Languedoc". (Ref : 9.) Est ce que lire ceci porte ombrage aux seigneurs de Périllos ? Certainement pas. Ils avaient chacun leur Histoire, tout simplement, en des lieux différents. La valeur de l'un n'enlève ou n'ajoute aucune valeur à l'autre.

Ainsi, que les Durban aient ou non participé à la croisade albigeoise, ne relève en rien la grandeur des seigneurs de Périllos. Pire, suivant les versions, il nous est assuré qu'ils ont participé joyeusement au massacre, qu'ils se sont acoquinés lâchement contre les Albigeois, etc...  (Ref : 2, 3, 4, 5). Mais voici ce que nous en dit le docteur Courrent (Ref : 9). Les armées de Simon de Montfort n'ont pas pénétré dans cette région. Après la prise de Béziers, le vicomte de Narbonne a fait sa soumission. Il était seigneur de Castelmaure et de Saint Jean et suzerain des seigneurs de Durban. Donc ces fiefs qui n'auraient pu se défendre car non préparés sont restés en paix et surtout totalement en dehors de cette croisade. Ce qui explique le silence qui les concerne pour les 50 années que durât la croisade Albigeoise.
Nous pouvons ajouter que ce fut aussi la politique choisie au tout début par les comtes de Toulouse puisqu'ils n'étaient pas plus préparés. Raimond-Roger de Trencavel, fougueux et valeureux s'est lancé trop vite dans la bataille. Il n'a pu ensuite faire comme son oncle le comte de Toulouse. C'était trop tard, il a reçu une fin de non-recevoir.
Il nous est dit que le seigneur de Périllos, lui, a lutté pour les Albigeois. (Ref : 5, 6). Quand le courageux Raimond-Roger de Trencavel a a demandé son aide au roi d'Aragon son suzerain, il n'est pas davantage venu. Donc, les seigneurs de Périllos non plus. Béziers, Minerve, Carcassonne sont alors tombées. Pierre II, plus tard, en 1213, s'est décidé pour venir porter secours au comte de Toulouse Raimond VI (de sa famille) et il est venu mourir à Muret. Qui l'accompagnait ? Nous ne trouvons le nom de Périllos nulle part. Mais après tout, pourquoi pas, peut être y avait-il ce jour là un seigneur de Périllos...

Ce qui est par contre certain, c'est que les propos tenus contre les seigneurs de Durban ne reflètent pas la réalité, mais un fort chauvinisme accompagné du doux tintement de la petite fée clochette. Entre "participer joyeusement à un massacre en s'en mettant plein les poches" ou "s'acoquiner contre" et rester neutre, il y a un fossé et un côté tendancieux que nous ne franchirons pas.

Nous ne ferons pas une liste exhaustive, mais considérez que tout ce que vous entendez dans le cadre de la mythologie de Périllos sur les seigneurs de Durban ne peut être retenu comme référence historique. Il est évident que l'utilisation du simple mot "achat" nuit fortement à la santé de la mythologie de Périllos. Cela met un coup d'arrêt à la valeur supposée de ces terres, sans parler du gardiennage des Périllos pour un trésor aussi sacré que millénaire qui lui aussi perd du crédit.
Le point sur la croisade albigeoise ne sert que la volonté de rabaisser ces seigneurs dont le défaut impardonnable fut d'avoir accèder de façon trop légitime aux terres de Périllos. Donc, les Durban doivent entrer obligatoirement dans le légendaire. Ils ont bien existé mais leur histoire doit être réarrangée pour valoir ce que de droit dans la mythologie de Périllos.

Ceci serait-il valable pour n'importe quel personnage rattaché de près ou de loin à cette mythologie ? De près, nous l'avons vérifié pour les voisins de Durban. Il reste ceux d'Opoul mais ceci est une autre histoire.

De loin, à quelques centaines de kilomètres de Périllos, nous allons examiner l'étrange histoire revue et corrigée de Guillaume de Roussillon, qui se trouve bizarrement rattaché à cette mythologie de Périllos par plusieurs points d'ancrage.
D'abord, par la chartreuse de Ste Croix en Jarez, fondée par la veuve de Guillaume de Roussillon, en passant par le biais du chartreux Polycarpe de la Rivière (qui se rapproche du Roussillon). Ce dernier est relié à l'abbé Saunière (dont le secret est à Périllos) qui aurait souvent été dans le Pilat et en trouvant des similitudes entre leurs deux histoires (Ref : 4, 6).
Les Périllos étaient sous l'autorité des Roussillon dont Guillaume de Roussillon seigneur d'Annonay était parent (Ref : 10).
Un seigneur de Périllos serait parti pour la dernière croisade avec Guillaume de Roussillon (Ref : 6).
Ils se retrouvent d'autant plus intimement mêlé que nous l'avons déjà vu, le nouveau testament prétendu des Périllos est en fait celui de Guillaume de Roussillon (Ref 4 et dans ce blog). Contrairement aux Durban, les histoires rapportées le concernant restent positives pour son honneur et sa mémoire.

Après étude, Guillaume de Roussillon se révèle lui aussi doté d'une histoire revue et corrigée qui relève des procédés classiques de mise en légende.
D'abord nous voici une fois encore confrontés à un problème de date facile à vérifier. Il serait parti pour la dernière croisade avec un seigneur de Périllos. Etant donné que Guillaume de Roussillon fait son testament en 1275 après avoir reçu l'ordonnance et avant de partir, il y a quelques années qu'il a raté le dernier bateau de 1272 (1270 pour Ref : 15) de la dernière croisade. Le mystère éclot du constat d'insuffisance des troupes de renfort qui lui sont alloué pour porter secours en terre sainte. Comme ce n'est pas une croisade, plus personne n'en veut à ce moment là sauf le pape qui est bien (le) seul, il n'y a plus de mystère. Mais si un de Périllos l'accompagnait, était-il un arbalétrier, un archer, un sergent à cheval ou pire à pied ? (Ref : 13,14, texte de l'ordonnance). Il méritait sans doute mieux. Et y serait-il parti non accompagné, seul et abandonné malgré son pouvoir, sous les ordres de Guillaume de Roussillon comme simple soldat ?  Bien sûr que non à toutes ces questions, il n'y avait pas de seigneur de Périllos lors de ce départ.

Il nous est dit que Guillaume de Roussillon parti en mission suicide doit se mettre dès son arrivée en rapport avec le grand maitre du temple, Guillaume de Beaujeu (Ref : 10, 11, 12).
Arrêtons nous d'abord sur le terme mission suicide. Ces mots impliquent qu'il se sait sacrifié (pour une mission ultra confidentielle). La preuve : il fait son testament avant de partir.
Mais non justement, cela ne prouve rien du tout. Ces mots "mission suicide" judicieusement choisis sont aussi arbitraires qu'orientés. Qu'une personne choisisse d'aller en terre sainte ou soit mandaté pour y aller, elle sait qu'elle a toutes les chances de ne pas en revenir, déjà y arriver est en soi un défi. Surtout en 1275 (presque 200 ans après le premier départ) où la situation là-bas est de plus en plus critique et tout le monde en Occident le sait, où l'expérience acquise sur 200 ans a apprit que la probabilité de ne pas en revenir est bien élevée. Mais même à la première croisade, même ayant choisi d'y aller, quel seigneur digne de ce nom, surtout ayant plusieurs domaines à gérer serait parti là-bas sans mettre en ordre toutes ses affaires ici ? Non, nul besoin de mission suicide, partir simplement là-bas imposait de faire son testament. Surtout si on y va par devoir et non par choix, on en est d'autant moins inconscient et encore moins en laissant huit enfants et une épouse. On parle d'un Seigneur !

Pour preuve historique de la mission est cité une infime partie exacte, trois mots, d'une ordonnance royale enjoignant de se mettre en rapport avec le maitre du Temple (ce que la légende relève elle-même comme point curieux). La légende incluant les mystérieux Templiers et renforçant la mission secrète nait une fois de plus, simplement, parce que le texte cité en est aussi grandement qu'avantageusement tronqué et de libre adaptation. Si nous lisons l'"ordonnance pour cent hommes à cheval envoyés outremer sous le commandement de Guillaume de Roussillon", il en va autrement. Lire l'ordonnance nuit, elle aussi, grandement à la santé de cette légende. Dans son cas, c'est carrément "mort sur ordonnance" (Ref : 13, 14).
Voyons en réalité, la teneur du texte. D'abord il n'est nulle part écrit qu'à son arrivée il doit se mettre en rapport avec le grand maitre de l'ordre du Temple Guillaume de Beaujeu, ni avec l'ordre du Temple tout court. Ceci c'est la partie arrangement de la légende.
En fait il se parle de finances. Si Guillaume de Roussillon, doit faire de grandes dépenses, pour des bateaux ou des "mercenaires" ou autre, il doit prendre le conseil du maitre du Temple (voilà les seuls trois mots vrais retenus), de frère Arnoul Wisemald, du maitre des Hospitaliers, de frère Guillaus de Corcelles, du patriarche, etc... suivent quelques noms encore. Vous voyez l'importance de la partie tronquée. Disparu le mystère templier, disparu la mission ultra secrète. Nous sommes indiscutablement dans une légende avérée.

Mais au fait, quelle était la mission de Guillaume de Roussillon ? Pour une réponse plus explicite nous vous conseillons de lire un site qui historiquement tient la route. (Ref : 15). Il allait remplacer comme autorité civile Olivier de Termes mort en 1274 et transportait des fonds que Philippe le Hardy avait reçu pour la terre sainte. (Ref : 16). Voilà qui explique en toute logique pourquoi l'ordonnance ne parle que de finances et de qui prendrait le relais si Guillaume de Roussillon venait à mourir avant son arrivée ou alors après.
Guillaume de Roussillon étant du bon côté de la barrière dans la mythologie de Périllos, sa légende devient porteuse de grand mystère qui vient renforcer celui des Périllos à qui il est allié.

Dans une version de la légende de Guillaume de Roussillon, pour renforcer l'ultra confidentialité de la mission auprès des seuls templiers, il nous est démontré qu'il n'aurait pas du aller logiquement vers les Templiers. Pourtant les historiens n'ont jamais relevé cette anomalie.
Et pour cause ! Un historien aura obligatoirement lu l'ordonnance et il ne peut poser une question qui n'existe que dans la légende.

Si une légende peut naître de l'Histoire, l'Histoire ne doit pas naître d'une légende.

Si la mythologie de Périllos a des côtés sympathiques, ici, nous hissons le drapeau blanc sur le donjon de Périllos, pour la mémoire de la famille de Gléon-Durban qui ne mérite pas les propos tenus à leur encontre et pour la mémoire des seigneurs de Périllos qui valaient bien mieux que ça. Gageons qu'ils n'ont pas du s'affronter bien souvent ici-bas. S'ils l'ont fait, nous espérons que c'était dans le respect qui est la première marque de noblesse. Et là-haut, ils ne peuvent que bien s'entendre entre gens de valeur.
Il y a presque 400 ans que le traité de paix des Pyrénées a été signé. C'est surement une partie de ce que l'on ressent sur ces terres : cette paix tant souhaitée des siècles durant.

      Bibliographie :

Ref 1 : http://www.societe-perillos.com/durban_seign.html

Ref 2 : http://www.societe-perillos.com/embres_1.html

Ref 3 : http://www.societe-perillos.com/eglise_per2.html

Ref 4 : http://www.dailymotion.com/video/xfbz8z_rennes-le-chateau-partie-2_webcam#rel-page-1 2009

Ref 5 : La quête de Saunière de Rennes-le-Château à Périllos de André Douzet et Philip Coppens aux éditions Bussière 2008

Ref 6 : "Du trésor au vertige" DVD, documentaire de Georges Combes, production Katana, 2003

Ref 7 : http://mjp.univ-perp.fr/traites/1659pyrenees2.htm

Ref 8 : Histoire du Roussillon tome 2 de Dominique Marie Joseph Henry

Ref 9 : Bulletin de la SESA (Société d'études Scientifiques de l'Aude) de 1928

Ref 10 : Durban-Corbières, Opoul, Périllos, par André Douzet, 2005, ISBN 2-9502989-6-6

Ref 11 : http://www.france-secret.com/stcroixenjarez_art.html 

Ref 12 : http://www.youtube.com/watch?v=Cfjh3osDv4o

Ref 13 : La noblesse de France aux croisades par P. Roger à Paris, 1845. P. 158

Ref 14 : http://www.templiers.net/personnages-croisades/index.php?page=personnages_lyonnais

Ref 15 : http://www.forez-info.com/encyclopedie/traverses/914-christian-rollat-qlaffaire-roussillonq.html

Ref 16 : Migrations et diasporas méditerranéennes par Michel Ballard et Alain Ducellier, Publications de la Sorbonne, 2002